La chirurgie esthétique au Brésil

11 août 2016

En cette belle période de Jeux olympiques, le Brésil a été endeuillé samedi dernier par la perte à l’âge de 93 ans d’un grand homme : le chirurgien Ivo Pitanguy.

Le Dr Ivo Pitanguy etait une figure mondiale de la chirurgie esthétique dont il fut l’un des plus grands pionniers.

En 1963, il avait fondé la « clinique Ivo Pitanguy » qui forma de nombreux chirurgiens brésiliens et du monde entier. Il avait ainsi contribué à la renommée des chirurgiens esthétiques de ce pays et à la démocratisation des actes à visée esthétique , devenus si présents dans la vie des brésiliens et des brésiliennes.

Longtemps leader mondial des interventions de chirurgie esthétique, les Etats-Unis ont été détrônés par le Brésil dès 2013, avec 1,49 millions d’opérations réalisées selon les chiffres officiels, soit près de 40000 opérations de plus qu’aux Etats-Unis. L’élève a dépassé le maître. On compte plus de 1700 personnes par jour qui bénéficient d’une opération de chirurgie esthétique au Brésil.

Est-ce parce que, au pays de la samba et du célèbre carnaval de Rio, il est naturel de bouger son corps et qu’on le veut le plus parfait possible? Oui, mais pas seulement.

Des facilités de paiement

Si dans quelques cliniques il faut encore payer comptant, beaucoup acceptent un crédit étalé sur plusieurs années. Les facilités de paiement contribuent à l’essor exponentiel de la chirurgie plastique.

Si la chirurgie esthétique touchait auparavant surtout la population aisée, notamment dans les grandes villes riches comme Sao Paulo et Rio de Janeiro, elle s’est aujourd’hui démocratisée pour toucher presque toutes les conditions sociales.

La culture de la beauté

Une température agréable qui invite à se vêtir légèrement, des médias entretenant régulièrement lectrices mais également lecteurs dans l’idée d’une beauté nécessaire et accessible, des élections répétées de « miss », des instituts de beauté qui se multiplient, des centres de remise en forme pleins de promesses, tout ceci enveloppe le Brésil d’une ambiance où la beauté est reine. Les touristes qui vont chercher sur les plages brésiliennes des modèles de fesses parfaites ne s’y trompent pas. Il n’est pas rare de voir de très jolies femmes se faire opérer dans une recherche effrénée d’une beauté supérieure. De très jeunes filles, sans aucune tare esthétique, arrivent à persuader leurs parents mais aussi semble-t-il les chirurgiens, de la nécessité d’un changement corporel. Les feuilletons, souvent venus des Etats-unis et montrant des actrices très minces suscitent chez les brésiliennes plutôt pulpeuses des désirs de minceur que la chirurgie esthétique peut seule résoudre rapidement. Les brésiliens, très attachés à l’image qu’ils projettent, n’ont aucun sentiment de honte d’avoir recours à la chirurgie esthétique. Sachant que le Brésil est un pays où la religion conserve une certaine importance, cette attitude semble en contradiction avec la position de l’Eglise catholique qui prône le respect du corps donné par Dieu. Mais les médias ont une telle influence que leurs conseils, pour ne pas dire « diktat » ont remplacé l’éthique de l’Eglise.

Les interventions les plus souvent pratiquées

Longtemps, les Brésiliens se sont dirigés vers des interventions concernant le corps : seins, ventre, fesses, cuisses …

Mais les opérations concernant le visage connaissent un boom depuis quelques années au Brésil. On comptabilisait en 2011, 43809 rhinoplasties (opérations esthétiques du nez). Ce chiffre a considérablement rebondi depuis. En 2013, le Brésil a compté 77224 rhinoplasties.

Ce sont surtout les femmes qui ont recours à la chirurgie et elles demandent des augmentations mammaires de plus en plus importantes. L’augmentation du volume des fesses, même au delà du raisonnable, est également à la mode. Cela entraine parfois des problèmes post-opératoires sérieux si les opérations pratiquées en dehors des établissements reconnus utilisent des matériaux de « comblement »dangereux pour la santé.

L’attirance des Brésiliens pour le changement corporel est réelle mais la société brésilienne, tout en acceptant volontiers une opération qui magnifie le corps même au prix d’une transformation importante, est beaucoup plus réticente devant le piercing et autre tatouage qui lui semblent des provocations sociales et esthétiques.

> Retour sur la page d’accueil