La chirurgie esthétique et les les adolescents

chirurgie esthétique chez les jeunes et adolescents

21 août 2017

La chirurgie esthétique des adolescents deviendrait-elle un fait banal et faut-il l’encourager ou au contraire freiner l’enthousiasme de certains jeunes prêts à la transformation d’une partie ou tout de leur physique ? Le regard des autres adolescents a une réelle importance ainsi que tout naturellement le désir de plaire.

Faut-il refuser les demandes de chirurgie esthétique chez les adolescents ?

Selon l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery (source), plus de 64 470 interventions esthétiques ont été pratiquées en 2015 sur des jeunes de 13 à 19 ans aux Etats-Unis (ils sont 74 millions). On peut comparer ce chiffre avec le total de 3,3 millions d’opérations de chirurgie esthétique par an, toujours aux Etats-Unis et aux 511 000 pratiquées en France.

C’est indéniablement le signe que le recours à la chirurgie esthétique qui se banalise de plus en plus chez les adultes conquiert également les plus jeunes et notamment sans surprise, aux Etats-Unis qui ont toujours le 1er rang en matière de nombre d’actes de chirurgie esthétique dans le monde.

Des chirurgiens plasticiens se sont interrogés devant cette demande des jeunes

Fallait-il accéder à toutes les demandes ? Fallait-il en refuser certaines ? Et pour quelles raisons ?

Il faut savoir en premier lieu que le cerveau des adolescents est immature. Il ne sera complètement développé que vers l’âge de 20 ans et souvent même 25 ans. Par contre, la maturation hormonale débute dès l’âge de 12 ans. Il y a donc un décalage entre maturation hormonale qui pousse à la prise de risques, à la volonté de découvrir ce qui est inconnu et la maturation du cortex frontal qui est le lieu de la réflexion.

L’adolescent peut ainsi être conduit à désirer un changement dans son physique sans réfléchir aux conséquences immédiates et tardives que cela peut impliquer. Il peut faire une demande de chirurgie esthétique par esprit de soumission aux pressions du groupe (copains ou médias, telle personnalité people fait refaire ses lèvres ou ses seins, un autre le nez etc.…). Le fait que les adolescents sont à la recherche de leur personnalité, qu’ils ne sont pas sûrs d’eux-mêmes, bref, les aspects bien connus des caractères adolescents peuvent les amener à une demande de chirurgie esthétique, tout comme certains se font tatouer le corps et le regrettent ensuite.

Or, certaines opérations, telle une rhinoplastie ou une augmentation mammaire effectuées alors que le corps n’a pas terminé sa croissance sont à éviter absolument. On estime qu’un âge de 18 ans est un âge convenable pour dire que les modifications physiques de l’adolescence sont terminées.

Par contre, une otoplastie demandée personnellement par un enfant, même jeune, doit être acceptée et effectuée. On estime qu’un âge de 7 ans est un âge où l’enfant peut motiver lui-même sa demande. C’est au chirurgien esthétique de s’assurer que la demande émane bien de l’enfant et non de ses parents.

Les adolescents aux Etats-Unis (tout comme en France d’ailleurs avant 18 ans) ne peuvent cependant pas subir une opération esthétique sans l’assentiment de leurs parents, ce qui peut être un frein à des demandes intempestives. Le chirurgien lui-même peut refuser l’intervention s’il la juge inappropriée et dangereuse pour la santé.

Le rôle du chirurgien esthétique

L’adolescent(e), souvent fragile psychologiquement et à la construction mentale en pleine évolution ne sait pas encore relativiser un défaut mineur ou passager. C’est le rôle du chirurgien esthétique d’apprécier le bien-fondé de l’opération demandée par l’adolescent(e).

Quand l’intervention est refusée

C’est avec beaucoup de précautions mais aussi de sincérité que le chirurgien esthétique se doit de refuser une intervention qu’il juge inappropriée (absence d’argument anatomique) ou irréaliste.

Lorsqu’il s’aperçoit, au cours de l’entretien que l’adolescent n’a pas bien muri sa demande, que celle-ci est vague ou fluctuante (surtout si le défaut est modéré ou minime), le plasticien se doit de lui conseiller une période de réflexion. Lorsque la demande est précise, mais ne s’appuie sur aucun défaut visible, elle révèle une mauvaise perception de soi et peut-être un mal-être de l’adolescent(e), une consultation préalable avec un psychologue ou un psychiatre doit être conseillée. Cette consultation montrera peut-être une souffrance révélée précédemment comme, par exemple, des périodes de boulimie ou d’anorexie. Elle peut aussi mettre en avant le refus par l’adolescent(e) de son appartenance à une ethnie ou à une lignée familiale marquée par exemple par telle ou telle forme de nez ou de visage.

Quand l’intervention est acceptée

Il doit s’agir d’un défaut physique majeur qui requiert de manière manifeste sa suppression ou amélioration, ou d’un défaut modéré mais réel qui provoque une souffrance psychologique persistante chez l’adolescent(e).

Les opérations les plus demandées concernent les seins, le nez, les oreilles, la silhouette, mais aussi les anomalies du profil (le menton).

Les seins

  • Ils peuvent, chez l’adolescente, être hypotrophiés ou inexistants: agénésie ou amastie mammaire.
  • Ils peuvent être hypertrophiés.
  • Ils peuvent être tubéreux, c’est à dire caractérisés par une base étroite, une forme tubulaire, une large aréole regardant vers le bas.
  • Ils peuvent présenter un enfouissement du mamelon: invagination du mamelon.
  • Ils peuvent être asymétriques.
  • L’adolescent ou l’adolescente peut souffrir d’une malformation qui touche une personne sur 30 000, appelée syndrome de Poland, caractérisée par un développement mammaire inexistant accompagné d’une malformation thoracique et des membres supérieurs.
  • L’adolescent peut souffrir d’une gynécomastie, c’est à dire un développement excessif des seins, dû à un dérèglement hormonal peut-être doublé d’un excès graisseux. À noter, que souvent, à cet âge, l’hypertrophie de la poitrine est transitoire.

Les oreilles

C’est une opération très demandée, appelée otoplastie, et qui est souvent réalisé dès lors de l’enfance (à partir de 7-8 ans) ou lors de l’adolescent(e)s. Elle agit sur les oreilles décollées ou hypertrophiées et permet d’éviter bien des moqueries traumatisantes durant la vie scolaire.

Le nez

Il s’agit de l’opération de rhinoplastie qui vise à améliorer l’aspect inesthétique de certains nez (bosse sur le nez, narines épatées, manque ou excès de projection) ou une déviation de la cloison provoquant une gêne fonctionnelle. C’est un gros sujet de souffrance chez les jeunes et les résultats sont le plus souvent à la hauteur des espoirs.

La rhinoplastie se pratique une fois la croissance du nez achevée: à partir de 16-17 ans environ chez les filles et de 17-18 ans environ chez les garçons.

La silhouette

L’opération est la liposuccion. Elle vise à éliminer les excès de graisse localisée que ni les régimes ni le sport ne parviennent à déloger et qui peuvent être d’origine génétique. L’opération sur la culotte de cheval est très demandée par les jeunes filles.

Le profil du visage

L’adolescent(e) peut souffrir d’un menton soit fuyant, soit trop projeté. L’opération de génioplastie est alors pratiquée. Les demandes concernant les mâchoires (par exemple prognathisme) peuvent concerner l’orthodontie et le domaine de la chirurgie maxillo-faciale (ostéotomie mandibulaire ou bi-maxillaire).

La chirurgie esthétique et les adolescents

Même si un défaut physique peut causer une réelle souffrance chez l’adolescent une chirurgie esthétique impose des précautions

Conclusion

Trois parties doivent être d’accord en cas de chirurgie esthétique: les parents, l’adolescent, le chirurgien.

En effet, une opération de chirurgie esthétique, même avec des arguments anatomiques, n’est pas à prendre à la légère chez les adolescent(e)s qui sont dans une période délicate de leur maturation psychologique. Il faut s’assurer que la jeune personne a bien mûri sa demande et qu’elle est bien à l’origine de cette demande. Une pression de l’entourage (parents ou autres) est nuisible à l’acceptation finale du résultat par l’adolescent.

Une opération de chirurgie esthétique bien préparée, bien réfléchie, est l’idéal pour corriger une anomalie ou une disgrâce réelle chez les adolescent(e)s.

Au final, sachant que le cerveau des adolescents est immature il faudrait que les parents en premier lieu enseignent à leurs enfants que le changement d’apparence du corps ne suffit pas pour rendre heureux et changer la vie et que les chirurgiens esthétiques montrent les bienfaits mais aussi les dangers des opérations esthétiques effectuées sur les patients trop jeunes pour les choisir et pour les subir.

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